Huit femmes dans l’oubli

Une femme de dos, encre sur papier japon, 27×27 cm, année 2026.
Source : Jours de guerre 14-18, trésor des archives photographiques du journal Excelsior, Éditions des Arènes.

C’est une photographie noir et blanc, parmi d’autres, que j’ai découverte dans un ouvrage consacré à la guerre 14-18, chez un bouquiniste : une femme, de dos, au milieu d’un attroupement dans le désordre d’un local public, au printemps 1917. La France souffre cruellement d’une pénurie de papier et, comme d’autres parisiens, elle est invitée à venir alimenter une collecte de vieux livres, journaux et cartonnages.

Et puis autres clichés d’époque : des femmes prennent la pose, affichant leur engagement incongru dans des métiers qui n’étaient pas les leurs en temps de paix (garde-barrière, ouvrière d’usine, conductrice d’automobile…). Car les hommes sont absents, ils sont dans la boue des tranchées…
Ces témoignages nous révèlent leur visages endurcis et l’accoutrement de leur métier d’adoption.
C’est un témoignage de ce qui fut entre 1914 et 1918 ce qu’on appela la “ mobilisation des femmes “.

Qui était donc cette femme vue de dos, parmi les papiers épars ? Était-elle aussi une de ces femmes de labeur dans les circonstances tragiques d’une vie quotidienne bouleversée par la guerre ?

Pas de réponse possible, bien sûr…

D’où l’idée de cette expérience graphique que concrétise cette nouvelle suite de dessins “huit femmes dans l’oubli“.

Je me suis réapproprié la silhouette de cette femme vue de dos, que j’ai dessinée en quelques traits d’encre au milieu d’un vide de papier. Car qu’en exprimer de plus sur elle ?
Peu de chose, à moins de faire parler l’imaginaire :
Alors imaginons : elle se retournerait face à nous, le visage impassible affirmant la singularité de sa présence. Pourrait-elle être l’une de ces huit femmes présentées ci-dessous, posant dans une immobilité muette ?

J’ai dessiné ces portraits, mi réels, mi imaginaires, dans le respect du témoignage photographique des clichés de ce temps lointain, mais avec toute la subjectivité et le parti-pris que m’apporte le langage du dessin.
Leur silhouette est tracée au trait de plume à l’encre de Chine, sur un papier calque translucide. Elle se détache sur un fonds coloré constitué de fragments gravés d’images et graphies puisés dans mes travaux antérieurs.
Comme un geste d’offrir à ces femmes anonymes et oubliées une présence nouvelle, le temps d’un regard insoumis aux rigueurs de l’histoire.

Huit femmes dans l’oubli (cliquer pour agrandir)

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Esquisses pour un visage d’outre-temps

1- Esquisse pour Omitibus Ro
Encre, calque, collages , 27×27,5 cm – année 2025.
Ci-dessus 2- Esquisse pour Magnus (extrait)
3- Esquisse pour
gravure sur cuivre
Encre, calque, collages , 24×24 cm – année 2025
4- Esquisse pour Ioann XVI
Encre, calque, collages , 30×30 cm – année 2025
5- Esquisse pour Omitibus Roma
Encre, calque, collages , 30×30 cm – année 2025
Quelques exemples d’approches numériques, formats divers – année 2023.
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Quelques exemples d’approches numériques, formats divers – année 2023.
6- Esquisse pour Ioann XVI
Encre, calque, collages , 30×30 cm – année 2025
7 et 8- Esquisses pour gravure sur cuivre
Encre sur calque, 24×24 cm – année 2023
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9- Esquisse pour Magnus
Encre, calque, collages , 27×30 cm – année 2025
10-11-12-13 – Esquisses pour Allaria / Scalchus / Maij / Omitibus Ro
Encre, calque, collages , format moyen 30×30 cm – année 2025
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14- Esquisse pour Gravitas
Encre, calque, collages , 30×30 cm – année 2025

Portraits archaïques

14
2
15
13 – 12 – 3 – 4
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3
1
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9
5 – 6 – 7 – 2
17 – 13

2 x 6 : le dessin voit double

Jean-Charles Taillandier  3- Le fil de laine (fragments), année 2025.

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Jean-Charles Taillandier  1- Les mains jointes, année 2025.
Haut : encre sur calque/fragments gravés/collage, 30×31 cm.
Bas : encre sur papier Japon, 31×30 cm.

J’aurais pu intituler, par exemple, ce nouvel article « Traits épars », ou « Éloge de la main » en référence au beau texte d’Henri Focillon, mais j’ai préféré ce titre plus énigmatique « 2 x 6 : le dessin voit double » qui illustre cette démarche d’expérience graphique. Elle n’est toutefois pas nouvelle, je l’avais évoquée dans une précédente page de mes carnets de dessin en 2022 (pages de carnet- Éloge de la main).
Soit donc un dessin de mains tracé au trait de plume à l’encre de Chine. Il est centre de gravité d’une présence humaine dont la silhouette est affirmée ou simplement ébauchée d’un trait ou d’une teinte dans l’évanescence de sa forme.

Ces mains portent témoignage d’une présence singulière d’un homme ou d’une femme qui furent photographiés aux alentours des années 1900. Chaque famille conserve sa boîte d’archives avec ces clichés jaunis aux bords dentelés, portraits d’aïeux d’un cercle familial ancien dont on ne sait plus rien, ou si peu. Les miens étaient laboureur, artisan ou couturière dans les villages du Val de Loire.
L’amorce de mon dessin s’est donné pour principe de respecter l’aspect et la posture authentique de leurs mains qui furent l’outil fidèle pour façonner leur vie… une vie de mystère pour le spectateur lointain que je suis. J’ai alors comblé ce mystère par un imaginaire graphique qui remplit l’espace tout autour de ces mains.

Jean-Charles Taillandier  2- Les mains caleuses, année 2025.
Haut : encre sur calque/fragments gravés/collage, 30×29 cm.
Bas : encre sur papier Japon, 30×31 cm.

Mon choix a porté sur six de ces photographies anciennes.
Chacune d’elles m’a inspiré deux dessins distincts.
Le premier est articulé sur le motif essentiel du positionnement des mains du modèle, représenté souvent en position assise et figée, propre aux clichés de ce temps. Les mains sont travaillées au trait à l’encre noire sur papier calque. Autour d’elles gravitera la composition entière sur la feuille de format moyen 30×30 cm, par essais de collage et superpositions de motifs graphiques.

Le second dessin s’inspirera du précédent. Il sera composé sur une feuille unique de fin papier blanc ou de couleur. En quelque sorte, ce sera une variation spontanée de l’idée initiale aboutie par le premier dessin.

Jean-Charles Taillandier  3- Le fil de laine, année 2025.
Haut : encre sur calque/fragments gravés/collage, 31×31 cm.
Bas : encre sur papier de Chine, 32×31 cm.

Jean-Charles Taillandier  4Sérénité, année 2025.
Haut : encre sur calque/fragments gravés/collage, 31×29 cm.
Bas : encre sur papier de Chine, 28,5×29 cm.

Jean-Charles Taillandier  5- Une paysanne, année 2025.
Haut : encre sur calque/fragments gravés/collage, 37×29 cm.
Bas : encre sur papier de Chine, 30×29,5cm.

Jean-Charles Taillandier  6- L’écrin, année 2025.
Haut : encre sur calque/fragments gravés/collage, 30×28 cm.
Bas : encre sur papier Japon, 29×25,5 cm.

Bonjour Monsieur Stella

Jean-Charles Taillandier – 1. Bonjour Monsieur Stella
crayon, encre et collages sur papiers, format 30×30 cm

J’ai consacré mon article précédent à la conception de ma nouvelle série gravée “Clins d’œil à Jacques Callot“. Elle aboutira à la présentation de douze gravures sur vinyl dont j’aborde actuellement le tirage : longue étape finale en deux, voire trois couleurs, avec obligation d’attente d’un long temps de séchage des encres entre chaque passage… Ce qui me conduira au clap de fin vers mi-novembre.

Une phase d’attente, donc pour moi à l’atelier, que j’ai mis à profit en classant certains de mes cartons à dessin, faisant alors germer l’intention de ce présent article. Rien de nouveau, à vrai dire, pour mes lecteurs qui suivent de gravures en dessins, mes interrogations sur le mystère des images de l’art, au gré de mes découvertes et de mes envies. Un lien invisible alors peut se tisser entre mon propre regard contemporain et l’œuvre d’un créateur lointain, dans un dialogue sans enjeu, sinon celui de se questionner l’un l’autre . Mon imaginaire y pourvoie au risque d’anachronisme ou de mensonge, mais peut importe après tout car la chaîne de l’émotion n’est pas rompue, et l’image continue à vivre sous d’autres cieux et d’autres récits.
D’où mon attrait à découvrir dans les collections des musées ou les bibliothèques publiques des portraits d’hommes et femmes oubliés de notre temps dont une main artiste nous a légué les traits et le regard. Affaire donc de regard, de mensonge et de réappropriation qui sert de réceptacle à ma propre respiration. Chaque rencontre inattendue est une nouvelle expérience d’expression graphique avec les outils du dessinateur et du graveur, comme l’est mon cheminement en cours avec douze figures gravées par Jacques Callot de la série « Clins d’œil à Jacques Callot« , ou le fut auparavant encore ma « relecture » de portraits vénérés de papes dans l’histoire avec mes « portraits d’Outre temps« .

Un de mes cartons rassemble des dessins inspirés des collections du musée départemental Georges de la Tour de Vic-sur-Seille. Admirateur de ce grand peintre lorrain, j’y avait déjà consacré en 2014 une série gravée sur bois intitulée « Rouge est la couleur du mystère« . Le musée, placé sous la figure tutélaire de son Saint Jean Baptiste dans le désert, rassemble aussi, du fait de ses donations et acquisitions, nombre d’œuvres d’horizons variés de l’histoire de l’art. Parmi elles, beaucoup d’œuvres portent  » une réelle attention aux êtres, une forme de pudeur »(*) nous mettant en relation avec une intimité de la peinture; et aussi avec de nombreux visages qui ont perdu depuis des siècles toute identité. Des toiles d’anonymes surgies de l’ombre renaissent sous une lumière nouvelle.
Parmi les peintures qui ont particulièrement éveillé mon plaisir et ma curiosité au hasard des salles d’exposition, je retiens ici deux œuvres qui ont suscité mes exercices de dessin.

Jean-Charles Taillandier – 2. Bonjour Monsieur Stella
crayon, encre et collages sur papiers, format 30×30 cm
Jean-Charles Taillandier – 3. Bonjour Monsieur Stella
crayon, encre et collages sur papiers, format 40×50 cm
Jean-Charles Taillandier – 4. Bonjour Monsieur Stella
crayon, encre et collages sur papiers, format 30x32cm
Jean-Charles Taillandier – 5. Bonjour Monsieur Stella
encre et collages sur papiers, format 30×30 cm
Jean-Charles Taillandier – 6. Bonjour Monsieur Stella
encre et collages sur papiers, format 30×30 cm
Jean-Charles Taillandier – 9 et 10. Bonjour Monsieur Stella
encre sur papier japon, format 85×55 cm / 60×22 cm.
Jean-Charles Taillandier – 1. Inconnue à la mante noire
encre et collages sur papiers, format 40×50 cm.
Jean-Charles Taillandier – 2. Inconnue à la mante noire
encre sur papier préparé, format 12×12 cm.
Jean-Charles Taillandier – 3. Inconnue à la mante noire
encre et collages sur papiers, format 40×50 cm.
Jean-Charles Taillandier – 6. Inconnue à la mante noire
encre et collages sur papiers, format 30×30 cm.
Jean-Charles Taillandier – 7. Inconnue à la mante noire
encre et collages sur papiers, format 30×30 cm.

(*) voir Catalogue des peintures, Musée départemental Georges de la Tour, éditions Serge Domini.

Musée départemental Georges de la Tour
Place Jeanne d’Arc – 57630 Vic-sur-Seille
Tel 03 87 78 05 30

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Coffrets d’artiste #1 RACINES

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Jean-Charles Taillandier – Racines 4
dessin, encre de Chine et collages sur Japon, format 22 x 22 cm.
Jean-Charles Taillandier – Racines 2
dessin, encre de Chine et collages sur Japon, format 23 x 23 cm.
Jean-Charles Taillandier – Racines 7
dessin, encre de Chine et collages sur Japon, format 22,5 x 22,5 cm.
Jean-Charles Taillandier – Racines 5
dessin, encre de Chine et collages sur Japon, format 22 x 22 cm.

Je présente dans cette page une sélection ancienne de quelques dessins réalisés à l’encre de Chine, plume et pinceau sur un fin papier oriental choisi pour sa finesse et son caractère diaphane.
Ces dessins ont été inspirés de souvenirs personnels, ou suscités par la découverte d’archives photographiques que chaque famille conserve peu ou prou dans une vieille boite en fer blanc.
Ils sont les bribes d’une mémoire qui resurgit à fleur de papier, d’une jeunesse vécue dans un village d’Anjou au sein d’une famille ouvrière, sur une terre d’aïeux dévoués pendant des générations successives à la culture des champs et l’élevage à la ferme.
Ils sont fragments ténus d’une réalité et fantasmés sans aucun doute… Peu importe après tout ce dont se nourrit le trait de plume dans l’acte sensuel et spontané du dessin.

Jean-Charles Taillandier – Racines 9 / 6
dessins, encre de Chine et collages sur Japon, format 23 x 22,5 / 21 x 21 cm.
Jean-Charles Taillandier – Racines 1
dessin, encre de Chine et collages sur Japon, format 21 x 21 cm.
Jean-Charles Taillandier – Racines 3
dessin, encre de Chine et collages sur Japon, format 23 x 23 cm.
Jean-Charles Taillandier – Racines 10
dessin, encre de Chine et collages sur Japon, format 22 x 22 cm.
Jean-Charles Taillandier – Racines 8
dessin, encre de Chine et collages sur Japon, format 23 x 22,5 cm.
Le coffret comprend dix dessins à l’encre de Chine sur papier Japon,
de format moyen 24×24 cm, intégrant au besoin superpositions, collages
 ou extraits gravés par l’artiste.

L’auteur donne à voir dans ces dessins des réminiscences de ses souvenirs
 d’enfance et de ses racines ancestrales et familiales.

 
Le coffret a été réalisé avec la collaboration
de  Atelier 4 Reliure, Jarville-la-Malgrange.

Dimensions externes du coffret : 35 x 52 x 3,5 cm.

Année 2025.
 
EXEMPLAIRE UNIQUE

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