Portraits d’outre-temps

Dans mon article précédent  “La gravure dans tous ses états, j’écrivais comment avec enthousiasme, j’entreprenais pendant l’été 2022 une nouvelle série gravée sur la symbolique du portrait.
L’opportunité m’en était fournie, comme je l’ai écrit, par la découverte, grâce au Cabinet des Estampes de Nancy, de la donation Domergue de Saint-Florent. Ce donateur était amateur d’art. Il fit don à la ville de Nancy de sa vaste collection d’estampes qu’il consacra sa vie durant aux portraits de papes de l’Eglise catholique romaine qui se succédèrent sur une période d’au moins cinq siècles, depuis la Renaissance.

L’intérêt que je trouve dans cette iconographie est passionnant : elle me permettra d’interroger ces images anciennes avec mon œil contemporain, alors que leur puissance symbolique originelle a depuis longtemps disparu. Du temps de leur diffusion, elles semaient de par le monde le portrait du représentant le plus puissant de la chrétienté. Ces estampes sont maintenant estimées des collectionneurs et attirent la curiosité des spécialistes de l’Art ou de l’Histoire des religions. Mon attrait pour elles se nourrit de leur mystère et de leur anachronisme, au profit de mon imaginaire et de mon invention. Entre l’estampe de référence et l’image nouvelle que j’y projette s’étend un no man’s land temporel, stylistique et sacré.

J’y entrevois donc une aubaine à profit d’un imaginaire graphique personnel, parfaitement subjectif et libre, dont j’avais auparavant ébauché les contours avec les ressources de la gravure en taille-douce, sur ma douzaine de belles plaques de cuivre miroir. J’en étais là, à la fin de l’été, à vous décrire les ébauches et les premiers états creusés au bain d’acide. Et puis, au fil des jours des manipulations techniques dans l’atelier, entre pose de vernis, bains d’acide, essuyages et retouches, j’ai pris conscience que la pratique de l’eau-forte, très rigoureuse et lente, d’état en état successif, m’accaparait trop et ne me permettait pas assez de trouver la distanciation suffisante avec le sujet. Il me fallait trouver un langage formel plus libre, et plus spontané qui me détache de cette pesanteur technique. Afin de retrouver cette spontanéité de langage pictural, je suis tout naturellement revenu à la taille d’épargne, en relief sur dalles vinyl, telle que je l’avais expérimentée dans une série précédente “ Les bas rouges “ : souple langage de la main avec quelques gouges, dans le périmètre carré de chaque planche (30 x 30 cm), et deux couleurs dont le noir.

Dans cet article, j’y présente le début de ce nouveau processus créatif d’une série qui comporterait une quinzaine de xylographies. À ce jour , j’en ai imaginé toute les ébauches dessinées sur papier calque, sur lequel un code couleur distinguera la planche mère qui sera encrée en noir, et la seconde planche qui sera encrée en rouge.

Sur les exemples de travaux en cours présentés ci-dessous, seules les 2 premières xylographies ont été tirées en tirage d’essai :

Exemple 1
Ce tracé sur calque (à droite) s’inspire d’un profil d’Alexandre VI, pape tumultueux et débauché de l’époque des Borgia (gravure originale issue de la donation, à gauche). En dessous le tirage d’essai sur papier en 2 couleurs noir et rouge de la xylographie que j’en ai réalisée. L’image sera toujours composée en carré de 30 x 30 cm.
J’ai opté pour un trait rugueux, fréquemment accompagné de graphies latines fragmentaires puisées, au hasard, dans les cartouches accompagnant les estampes originales. Elles accentuent la distanciation de l’image et participent à la perte des repères que je souhaite donner à l’image entière (cliquer sur l’image pour l’agrandir).

(1)
(2)

Exemple 2
Tirage d’essai sur papier de la seconde planche gravée (2), sur la base du calque de report (1) . Je m’aperçus trop tardivement que je gravais sur la planche vinyl un texte à l’endroit, que je reportais donc à l’envers sur la feuille imprimée ! Inattention qui, à mon sens, ne gène en rien l’effet recherché dans l’image.

(1)
(2)
(3)

Exemple 3
Conçu à partir de mon ébauche sur papier (1), le calque de report (2) est présenté sur la planche qui imprimera le motif rouge. En-dessous (3), début du travail de gravure en relief sur la planche vinyl prévue pour le noir.

(1)
(2)

Exemple 4
Conçu à partir d’une ébauche sur papier (1), le calque de report (2) est présenté sur la la planche vinyl à graver.

Exemple 5
Plusieurs ébauches sur papier qui vont être gravées sur planche vinyl dans les prochaines semaines.
Le chemin est encore long…

La suite dans l’année 2023 :

Les prochaines semaines seront consacrées à graver dans le vinyl la totalité des quinze ébauches sur papier.

J’ai observé longuement la présence muette de ces puissants personnages, hiératiques et sacrés, témoins d’un faste enfoui dans la profondeur des siècles. Les cartouches au bas des images m’en apprennent leurs noms : Ioannes XVI, Eugenius III, Innocent III… Mais ils se ressemblent tous par l’aspect conventionnel de leur pose au creux d’un médaillon. Et finalement, mon imaginaire prenant le pas sur l’aspect analytique de chaque image, les traits et l’expression des visages, les inscriptions latines se sont brouillés, mélangés entre eux dans l’intention recherchée de bousculer leur vérité; pour donner sens à une proposition graphique qui est mienne, puisant au gré de mes travaux d’approche (calques, dessins préparatoires, textures de fond).

Viendra ensuite l’étape finale du tirage des épreuves sur papier. Je ne l’ai pas choisi encore, ce papier, mais je souhaiterais que sa texture accentue cet aspect « outre-temps » de l’estampe qui sera imprimée en noir et rouge comme le montre le tirage d’essai de l’exemple 1, de format avoisinant le 40 x 50 cm.

Résidant en Lorraine, je serais heureux de travailler en collaboration avec un papetier artisanal du Grand Est, et, s’il s’en trouvent, je les invite par le biais de ce blog à me contacter.

La présente série gravée, fera l’objet fin 2023 d’un projet d’édition avec la Galerie Artothèque 379 de Nancy. En mai 2023, il est envisagé d’ouvrir une souscription pour une édition très limitée. Elle sera présentée au public lors d’une exposition de mes gravures et dessins dans les salons de la Douëra de Malzéville.

Contact : taillandier.jc@orange.fr

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