Roland Grünberg, graveur et illustrateur

Roland Grünberg, Aux ouvertures de l’automne,
aquarelle et encre ,8 x 13 cm (1964)


Roland Grünberg, berceuse de la terre-mère, lithographie, 66 x 79 cm (1981)

L’homme de cendre et de lumière : ce fut un beau titre au fronton de l’exposition que consacra le Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle en 2018 au graveur et illustrateur Roland Grünberg, qui vient de s’éteindre à l’âge de 88 ans.
Artiste, homme aux talents multiples et au cœur de maints évènements culturels pendant plus de quatre décennies, il marquera de son empreinte Nancy qui fut sa ville d’attache, au gré de ses implications créatrices dans la cité ducale. La presse s’en est fait l’écho : aux côtés de Jack Lang dès 1963 lors du festival mondial de théâtre, dans l’effervescence du festival Nancy Jazz Pulsations en 1973 et années suivantes, et dès 1981, année fondatrice de la Biennale Internationale de l’Image de Nancy.
Cette exposition de 2018 fut un point d’orgue dans la rétrospective de sa carrière polymorphe, et la sélection de 150 œuvres parmi sa profusion créatrice de dessins, gravures affiches, photographies et décors ne fut pas aisée. Elle s’attacha bien sûr à décrire son implication pleine et entière à l’édition inaugurale du festival Nancy Jazz Pulsations, lui qui était homme d’images et passionné de jazz. Il fut le créateur de l’affiche, co-auteur du journal du festival, et même concepteur de chars de parade faits de grillage et papiers mâchés, qui défilèrent dans les rues de Nancy.

Ci-dessus : Portrait de Roland Grünberg, (Bibliothèques Universitaires de Lorraine – 2017)
Roland Grünberg, Projet de char pour la street-parade du Festival NJP 73,
crayon de couleur et stylo sur papier, acquisition Bibliothèques de Nancy.
Roland Grünberg, Portrait de Louis Armstrong, dessin encre sur papier,
acquisition Bibliothèques de Nancy.
Roland Grünberg, Comme un loup parmi les chiens, sérigraphie, 38 x 27,5 cm (2004)

L’exposition retraça le parcours humaniste de Roland Grünberg, né en 1933 à Strasbourg d’une famille juive originaire de Pologne qui dut se cacher pendant la guerre pour fuir les persécutions nazies. Grand voyageur, autodidacte et homme de cultures multiples, il suivit à Nancy le cursus de nombreux enseignements universitaires (lettres, sciences, sciences humaines et médecine, entre autres). Il intégra l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Nancy de 1957 à 1959, se consacra à l’enseignement avant d’exercer pleinement son art de graveur et d’illustrateur dont de nombreux musées gardent témoignage. Tout un savoir qu’il transmettait aussi par la voie des réseaux associatifs et congrès scientifiques. Réalisateur de décors et costumes, il était très impliqué dans le renouveau théâtral de Pologne des années 60 autour d’Adam Mickiewicz, dont il était l’ami. Nourri dès l’enfance de la culture juive et des folklores d’Europe centrale, il aimait en représenter ses penseurs et musiciens.

J’ai eu le plaisir de partager avec lui plusieurs expositions et travaux. Je garderai en mémoire l’accueil qu’il me réservait toujours dans son appartement-atelier du centre-ville. Une fois la porte d’entrée franchie, il convenait de suivre le sentier dégagé au sol entre un nombre infini de livres, feuillets, gravures et dessins, objets divers, marionnettes dont il était collectionneur avant de le rejoindre à sa table de travail, avec PC, double-écran… Et commençait le récit insatiable et passionnant de ses projets, et réflexions sur le monde.

Un monde personnel qu’il traduisait de son trait délié si caractéristique, nourri d’érudition, de symbolisme, de musique et de poésie, et de fantastique aussi qu’il enrichissait au prisme du monde animal et végétal. . Si proche en son essence de ces quelques mots reçus de Jean Cocteau depuis Marbella, dans une lettre datée de 1961, qu’il gardait précieusement : « Notre rôle consiste à consommer les noces du conscient et de l’inconscience d’où naissent les monstres délicieux de la poésie… »

Lui rendre hommage aujourd’hui, c’est accompagner ce texte de certaines gravures qu’il m’avait confiées, ou d’autres puisées sur le site Epitomé, qui présente un fin regard porté par l’équipe de la Bibliothèque Municipale de Nancy sur les œuvres de l’artiste acquises par la ville, enrichi d’un interview de l’artiste (*).

(*) epitome.hypotheses.org/author/amallick

Michel Kanter, l’art en questions

Michel Kanter, avec… Picasso, poudre de fer et crayon sur papier, 20×20 cm (2013).

Lorsque la Galerie Artothèque 379 propose le concept des Carrés 379 au peintre et sculpteur Michel Kanter, c’est avec enthousiasme qu’il donne suite et s’engage dans cette aventure éditoriale collective. Il y répond donc en transmettant quinze exemplaires originaux de format 20 x 20 cm conformes au « cahier des charges » du projet, plus précisément quinze travaux d’atelier sur papier traduisant les préoccupations formelles de l’artiste sur la période des années 2013 à 2020.
 Les liens entre Michel Kanter et la galerie sont de longue date. De famille d’origine lorraine, il suivra de 1957 à 1961 les cours de l’École des Arts Appliqués de Metz puis l’École des Beaux-arts de Nancy, avant de poursuivre une carrière dans l’effervescence des milieux artistiques de Paris. Il part aux États Unis en 1980 où il enseignera à la City University of New York. Il partagera désormais sa vie entre New-York  et le sud de la France à  Fraisse-des-Corbières.
Son œuvre de peintre et de sculpteur porte dans ses tréfonds cet héritage spirituel de deux cultures, arc-bouté entre la vie urbaine, antre de la modernité, et la vieille Europe, creuset de tant d’expériences et fulgurances artistiques dans l’histoire de l’art occidental : de quoi nourrir une œuvre intense de réflexion sur la matière et les matériaux utilisés, l’image et son support. C’est une réflexion à la fois intime et collective, pétrie de ses élans et de ses antagonismes… Passé, présent et avenir de l’art nourrissent une réflexion formelle au cœur de ce vaste mystère de la représentation, où prédominent le questionnement des Anciens, les voies ouvertes par l’empreinte, la déchirure.
Je n’ai pas eu le bonheur de visiter l’exposition rétrospective des travaux de Michel Kanter depuis les années 60, qui eut lieu à la Villa Tamaris centre d’art de la Seyne-sur-Mer en décembre 2016 (*), mais mon souvenir est vivace de sa rencontre et de l’exposition que j’ai partagée avec lui sur les cimaises de la Galerie 379 de Nancy (**) où, par le biais du dessin, des techniques de reproduction et de collages, il interrogeait, dans sa série Timbres et nativité, l’imagerie chrétienne et la thématique de la Nativité dans la peinture des grandes maîtres  anciens.

Michel Kanter, U.S stamps, 2 photocopies couleur, chacune 16×11 cm (2004)

Issues de la même période, c’est ce même cheminement de pensée que questionnent les œuvres sur papier sélectionnées pour les Carrés 379. L’empreinte mémorielle de Picasso, Manet, Matisse ou Hopper habite le périmètre du carré de papier. L’image icône est dépouillée jusqu’à l’épure de la forme et le dessin nous en révèle une trace résiduelle. Est-ce de la part de Michel Kanter une intention de traduire par ce dénuement formel une désacralisation de l’œuvre en référence, désormais rappelée à notre souvenir par quelques traits ? Désacralisation de l’art et désacralisation de l’œuvre qui ne subsistera que par son empreinte ? Témoignage d’un geste créateur ancien dont l’artiste contemporain, dans une mémoire collective, se porte garant  ? Faut-il y déceler un malaise du regard contemporain dans cette dénaturation de l’œuvre. Parfois elle rassemble des éléments épars par collage et recomposition ou bien souligne tel fragment formel d’un trait de pinceau brun à la poudre de fer ? Le motif est comme usé, altéré sous la décomposition chimique du trait et sous la tyrannie du temps. Il est désormais vestige d’une pensée créatrice d’un temps ancien dont la matière, sous la main de l’artiste, s’évertue à garder témoignage et trace ?
Mais peut être est-ce là de ma part une interprétation trop « romantique » du geste artistique de Michel Kanter. Le langage de l’art est affaire intime de questionnement perpétuel et de remise en cause, dans l’intimité d’une pensée créatrice qui se cherche. Elle travaille dans le temps long et dans un esprit de renouveau. Michel Kanter nous y invite.

Dans le cadre restreint des Carrés 379, c’est une part très intime de son univers qu’il nous offre, depuis toujours ouvert aux énigmes de la représentation et des empreintes du temps. Ces 15 dessins m’ont permis de le découvrir un peu plus; mais par le petit bout de la lorgnette, loin de l’ambition affichée de sa rétrospective à la Villa Tamaris en 2016, citée plus haut. Celle-ci présentait son œuvre dans sa dimension de peintre, mais aussi, essentielle, de sculpteur.
À la fois archéologie aux sources de l’art et très ancrée dans sa modernité, son œuvre mériterait une grande exposition en Lorraine qui l’a vu grandir…

(*)  Michel Kanter, Sur le mur / On the wall, Villa Tamaris centre d’art, «3 décembre 2016 au 29 janvier 2017 , textes de Robert Bonaccorci et Cassandra Neyenesch .
(**) Michel Kanter, U.S stamps / Jean-Charles Taillandier, Portraits revisités, Galerie 379 Nancy, janvier 2009.

379 Galerie artothèque, 379 avenue de la Libération, 54.000 Nancy
Pour toute information sur l’actualité de la Galerie artothèque et des Carrés 379, une collection :
https://asso379.wixsite.com/artcontemporain
https://www.facebook.com/379-Galerie-Artotheque-134517727159014/

Peintures bavardes de Martine Ziegler Challoit

Martine Ziegler Challoit, tryptique, acrylique sur toile, 30×30 cm (2020).
Cliquer sur l’image pour l’agrandir.
Martine Ziegler Challoit, tryptique, acrylique sur toile, écriture, collages, 30×30 cm (2000).
ci-dessous : peintures préparatoires, 10×10 cm (2000)

Peintures bavardes est le titre choisi par Martine Ziegler Challoit à son exposition de peintures présentée à la Galerie-artothèque 379 de Nancy jusqu’au 30 décembre 2020. Si, certes, le bavardage est une façon de s’exprimer par rapport au monde, il n’est pas à prendre ici au sens d’un flot d’éloquence parfois stérile et vain, mais plutôt dans l’art d’un dévoilement pudique, d’une mise à nu d’un secret qui relève de l’intime. C’est l’art noble de la peinture de s’immiscer dans un univers qui se dévoile à nous, et qui se révèle d’autant plus si le peintre nous procure quelques clefs d’entrée.

Les signes, graphes et motifs de sa peinture appartiennent à son histoire et sa mythologie personnelle, dont la première série présentée ici remonte à plus de 20 ans. Elle travaillait alors sur le thème des grandes inventions et avait choisie la roue. Clin d’œil aussi à la Roue de bicyclette, premier ready-made de Marcel Duchamp, pour qui voir la roue tourner était très apaisant et ouverture sur autre chose que la vie quotidienne : “J’ai probablement accepté avec joie le mouvement de la roue comme antidote au mouvement habituel de l’individu autour de l’objet contemplé“. (1)

Ses trois toiles plus anciennes, datées de l’année 2000, et qu’accompagnent de petites esquisses, traduisent ces petites habitudes des humains : “La première fois que nous passons à un endroit précis, nous y consacrons beaucoup d’attention car c’est la phase de découverte. Si ce moment était une couleur, ce serait un ocre très clair proche du blanc : la couleur de la première peinture de ce tryptique. Puis, plus nous passons à cet endroit, moins nous lui accordons d’importance. La deuxième toile raconte cette histoire : l’encre noire des mots trace un chemin de plus en plus sombre au milieu de la toile, ne laissant que de rares éclaircies sur les côtés. La troisième toile est presque entièrement recouverte de ce noir avec toutefois en son milieu, une trace de cet ocre presque blanc, laiteux et chaleureux qui nous signifie la possibilité d’un retour à une réalité empirique, certes, mais en toute objectivité.“

Martine Ziegler Challoit, diptyque, acrylique sur toile, collages, 20×20 / 40×40 cm (2020).

L’ambivalence entre nos aspirations et le sens des réalités fut parfois rude pour nous tous à l’annonce de la mise en place du premier confinement dès le 13 mars 2020, pour une durée indéterminée. La crise sanitaire du covid 19 qui s’incrusta pour de longs mois dans la vie de chacun marquera sans doute de son empreinte l’expression artistique, en particulier des arts plastiques.
L’artiste, qui sonde les profondeurs de la connaissance de soi, les révèle au jour pour les apprivoiser, ou encore les exacerber. Question de nature ou de force de résilience. À chacun sa méthode, à chacun sa thérapie…. La création artistique trouva sans doute chez Martine Ziegler Challoit une vertu propice à exprimer un cri libérateur, à repousser plus loin ses propres murs. La soupape lâche et la couleur éclate sur la toile, gicle, violente et propulsée par des gestes rapides et convulsifs. Quitte à recourir, précise-t-elle au procédé quasi chamanique ou magique de réalisation de gris-gris de protection avec des chiffons d’atelier et du bois flotté…

Son univers plastique s’ancre à ce qui se dit et se crie dans la rue, très sensible à l’expression spontanée des graffitis sur les murs. Sur la toile de plus en plus apaisée, ils se bousculent, mêlés aux graphes et autres symboles tels des signaux mémoriels d’un environnement urbain ou d’une enfance vécue dans la campagne avec pré et garennes où sautaient les lièvres, croix du calvaire de son village natal, corne à eau, fil à plomb et pierre à affuter la faux du grand-père, passoire et faisselle où s’égouttait lentement le lait caillé. Sans oublier , omniprésent le cercle et la roue symbolique d’un éternel retour.

(1) Extrait de Roue de bicyclette, épitexte, texte et intertextes, André Gervais, Les Cahiers du Musée national d’art moderne

Martine Ziegler Challoit, quatuor, acrylique sur toile, 30×30 cm (2020).

Galerie : Martine Ziegler Challoit, sélection de 9 acryliques sur toile, 30×30 cm (2020).
Cliquer sur l’image

Peintures bavardes de Martine Ziegler Challoit sur le grand mur des Focus
Artothèque-galerie 379, 379 avenue  de la libération, Nancy. Visible pendant le week-end artothèque des 19 et 20 décembre, les lundis et tous les jours sur rendez-vous jusqu’au 30 décembre 2020. Ouverture dans le respect strict des règles sanitaires en vigueur.
Tel : 06 87 60 82 94 / 06 04 45 99 35.
379 est membre de LoRA et de la FRAAP.

Coordonnées de l’artiste : martine.ziegler.challoit@gmail.com

Odile Kolb, ich bin megalith


<p class="has-drop-cap has-text-align-justify" style="font-size:15px" value="<amp-fit-text layout="fixed-height" min-font-size="6" max-font-size="72" height="80">Une exposition magnifique sur les cimaises du château de Courcelles de Montigny-lès-Metz rend hommage jusqu'au 29 mars 2020 à Odile KOLB, peintre messine disparue en 2016. Saluons ici la volonté de ses enfants Mathieu et Barbara, et toute l'équipe culturelle de ce lieu d'accueil réunie autour de Mme Monique Sary, de pérenniser sa mémoire d'artiste. Le choix ici retenu de ses œuvres (auxquelles se joignent quelques prêts de collectionneurs privés) impose une fois encore la force singulière de ses peintures et dessins sur papier dans leur intransigeance, leur puissance et leur pureté. <br>Fidèle à une grande économie chromatique, elle affrontait la toile dans un langage fiévreux de stries, de superpositions et d’aplats d’où émergera l’équilibre des masses. Ainsi l’épaisseur des pigments et l’agencement des formes lentement prenaient corps en un désir d’y déverser la violence d’un cri face à la brutalité et l’injustice du monde.Une exposition magnifique sur les cimaises du château de Courcelles de Montigny-lès-Metz rend hommage jusqu’au 29 mars 2020 à Odile KOLB, peintre messine disparue en 2016. Saluons ici la volonté de ses enfants Mathieu et Barbara, et toute l’équipe culturelle de ce lieu d’accueil réunie autour de Mme Monique Sary, de pérenniser sa mémoire d’artiste. Le choix ici retenu de ses œuvres (auxquelles se joignent quelques prêts de collectionneurs privés) impose une fois encore la force singulière de ses peintures et dessins sur papier dans leur intransigeance, leur puissance et leur pureté.
Fidèle à une grande économie chromatique, elle affrontait la toile dans un langage fiévreux de stries, de superpositions et d’aplats d’où émergera l’équilibre des masses. Ainsi l’épaisseur des pigments et l’agencement des formes lentement prenaient corps en un désir d’y déverser la violence d’un cri face à la brutalité et l’injustice du monde.

Je connais le travail d’Odile KOLB depuis des années. Elle poursuivait sur une ligne de crête étroite sa voie exigeante qui fait vibrer les plus infimes résonances d’une palette restreinte ou dominent le noir, le gris et le rouge. Sa démarche si singulière offre au regard une peinture dépouillée à l’extrême dont la quintessence tentera d’exprimer en quoi l’Art peut sauver l’homme de sa sauvagerie naturelle : « Comment pourrais-je faire de la peinture réaliste actuellement, ce serait pire qu’une toile noire ! », clamait-t-elle.
C’est une peinture de révolte qui s’expose dans sa nudité pure au regard du spectateur.
Depuis plus de trente années, Odile Kolb, à l’œuvre sans relâche dans son étroit appartement-atelier de Metz, s’immergeait dans sa peinture, rageant contre le désordre (désastre) du monde. Elle en fouillait les entrailles avec son pinceau-scalpel, prenant le spectateur à témoin. C’est une œuvre de haute exigence, et aussi une œuvre de partage et de contemplation, qui sollicite notre temps et notre attention. Osons à ce propos cette citation de Rothko : « A travers le temps, de point en point, l’œuvre d’un peintre progressera vers la clarté, vers l’élimination de tous les obstacles entre le peintre et l’idée, et entre l’idée et l’observateur »

« Ich bin ein megalith« , proclamait-elle…


Suite Fukushima, pigments et sable sur toile. La série entière comprend 10 toiles, chacune 50 x 100 cm .

Pourtant, ne nous y trompons pas : la puissance visuelle de cette peinture n’est pas tant dans sa force brute, mais dans la subtilité tactile des surfaces. Quand Odile évoquait son travail d’atelier et sa confrontation intime au matériau, elle privilégiait très vite l’importance de son rapport presque charnel avec la matière, fût-il l’acrylique, l’encre, la pierre noire ou le sable. Elle en parlait d’ailleurs volontiers en caressant sa toile du bout du doigt. Une sensibilité la traversait, bien au-delà de l’apparent nihilisme que pouvait traduire le titre  « le chien, la mouche et moi » qu’elle avait souhaité donner  à son exposition de novembre 2012 à la chapelle des Trinitaires de Metz…
L’actualité du moment avait alors donner corps à un ensemble des dix panneaux « Série Fukushima » peints dans l’immédiateté des semaines qui avait suivi ce drame nucléaire au Japon. Nous les retrouvons dans l’actuelle exposition, clamant toujours dans une proximité des blancs, des gris et des ocres, la protestation d’une démesure humaine où se mêlent les aciers, les sables contaminés et une mortelle lumière, loin de toute présence humaine.

Est-ce le même message que portent ces grands formats, d’où sourd une lumineuse présence parmi d’informes étendues grises ? Si l’homme ne peut plus croire en l’homme, il peut croire encore en la peinture avec Odile KOLB.



Ci-dessus 1-2-3 – Sans titre, pigments acryliques et collage sable sur toile, 89 x 116 cm



g: Sans titre, pigments acryliques et collage sable sur toile, 76 x 100 cm
d : Sans titre, acrylique sur toile, 180 x 155 cm


Exposition « Ich bin megalith » – Odile KOLB
Château de Courcelles, 73 rue de Pont-à-Mousson, 57950 Montigny-lès-Metz
Tel : 03 87 55 74 16 –  http://europa-courcelles.montigny-les-metz.fr
du 01 février au 29 mars 2020 – Vendredi/samedi/dimanche,  de 14 à 18 h.
Catalogue disponible, avec texte de Raymond Oillet
Photo affiche Florian Martin.

Joël Krauss, masques : les affres de la guerre

Joël KRAUSS, les affres de la guerre 1 et  2, 3, 4, 5 (ci-dessous)
Bronze patiné sur socle altuglass, exemplaire unique.
Hauteur 30 cm (45 cm avec socle), année 2018. (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Le langage de l’art au plus proche du vécu : c’est l’expression la plus pertinente qui me vienne à l’esprit pour définir le geste artistique de Joël Krauss.
Soit donc un ensemble de dix-huit visages de métal sculptés, ces « masques de bronze » tels qu’il les définit, et qui cristallisent les derniers instants de soldats au combat.
Joël Krauss, lui-même Grand Invalide de Guerre, est aussi peintre, mais d’une peinture apaisée. Il a fallu sans doute intimement chez lui la confrontation tactile la plus brute à la matière, au plus proche de la terre, pour affronter l’expulsion de ce cri resté longtemps en son être comme en hibernation. Cette expérience de sculpteur, nouvelle dans son parcours d’artiste et si intimement liée à son vécu, fait de lui le plus apte à en parler, et nous lui laisseront la parole.
Nous, simples regardeurs, recevons cette création comme témoignage d’un passé et d’un vécu douloureux, dont l’Histoire n’est hélas pas avare. Mais elle est aussi un manifeste pacifiste offert à l’humanité présente et future. Ce qui est une définition noble de l’œuvre d’art…

Je suis né en Lorraine, terre de combats. Ses paysages conservent la trace des bouleversements liés aux millions d’obus qui ravagèrent les sols, marqués par ces combats acharnés que soulignent le piquetage des croix et des stèles blanches de nombreux cimetières militaires.
Lors de mon service militaire, effectué comme officier appelé en Algérie, j‘ai été grièvement blessé et suis devenu Grand Invalide de Guerre. La souffrance, l’approche de la mort m’ont amené à chercher un moyen de faire ressentir et de transmettre la souffrance et les affres de la mort de ceux qui partaient pour la guerre.

      J’ai fait le choix de la guerre terrible de 14/18, en tentant d’imaginer ces affres de la mort qui hantaient les soldats montant à pied vers le front, vers les tranchées. Ils savaient que la moitié d’entre eux ne survivraient pas à ce long trajet, et que les survivants seraient blessés, certains physiquement, mais tous psychologiquement, à vie.
Ces affres de la mort étaient pour eux s’imaginer déchiquetés par les éclats d’obus ou enterrés vivants lors des pilonnages infernaux, lorsqu’une partie de la tranchée était pulvérisée par les obus. C’était aussi s’imaginer fauchés par les tirs de mitrailleuses lors d’assauts vers les lignes ennemies. C’était aussi s’imaginer, lors d’un assaut ennemi, être réduit en momie calcinée par un jet de lance-flamme ou mourir d’une longue asphyxie dans une nappe de gaz toxique. C’était enfin une désespérance immense qui les rongeait, de penser que leur vie allait s’arrêter là, leur ôtant la possibilité de vivre une vie d’homme, de mourir sans avoir aimé. Cette angoisse sur leur devenir s’amplifiait de jour en jour alors qu’au front, ils voyaient leurs compagnons de combat succomber.
J’ai imaginé, alors que la mort les atteignait, que les affres de la mort qui les hantaient, se cristallisaient sur leurs visages, les transformant en masques de soldats inhumains d’une guerre inhumaine.

      Ces masques de bronze reconstituent une apparence imaginée de visage dans la stupeur de leurs derniers instants. Et pourtant, les masques inhumains qui remplacèrent leurs visages conservent encore quelques traits humains.
L’idée de départ qui a guidé la conception de ces masques était une tentative d’exprimer, pour le centenaire de la guerre de 14/18, la violence infernale et les affres de la mort insupportables que subissaient les soldats sur le front des combats.
Puis progressivement, ce qui a guidé la conception artistique de ces masques a été la volonté d’utiliser cette tendance naturelle qu’a le cerveau humain de percevoir des visages là où il n’y en a pas : la paréidolie.

Torturée, l’apparence des visages fait ressentir l’immense souffrance de ces soldats qui voulaient que cette guerre de 14 / 18 soit la Der des ders !
Joël Krauss

Les sculptures de Joël Krauss seront visibles à son atelier les 11 et 12 mai prochain à Nancy pendant les Ouvertures d’atelier du Grand Est (voir ci-contre).
Ateliers du Canal (ateliers partagés) – Impasse du 26e R.I., 54000 Nancy
Avec ses invités :
         Jean-François Laurent (sculpture)
         Marie-Claire Chevillot et Lakonik (peinture)
         Elisabeth Poydenot et Jean-Charles Taillandier (dessin/gravure)

Coordonnées de l’artiste Joël Krauss : Tel 06 71 00 32 03
j.krauss@free.fr

Les Baltiques, de Claudine Rémy

Je suis couché sur mon lit les bras en croix. Je suis une ancre confortablement enfouie qui retient l’ombre profonde au-dessus d’elle. Cette grande inconnue dont je participe et qui est certainement plus importante que moi.
Tomas Tranströmer
Baltiques. Œuvres complètes – Poèmes 1954–2004, éd. Gallimard

les baltiques1

Claudine REMY, les Baltiques  1, et ci-dessous 2 à 6,
pigments acryliques sur  papier marouflé, 31,5 x 24 cm (2017/2018).
Photos©Nicolette Humbert

      L’exposition Baltiques de l’artiste Claudine Rémy nous accueille sur les cimaises de la galerie 379 de Nancy (*) avec une nouvelle série de plus de 20 peintures sur carton, pour la plupart de format 31,5 x 24 cm, travaux inédits aux surfaces mates et suaves et aux couleurs de terre et d’eau. Notre regard ne s’accroche pas ici à l’abrupt surgissement de formes qui déchireraient l’espace mais plonge dans une béance sourde à la lisière d’un matin ou d’un crépuscule incertain, parfois creusé de trouées blanches ouvertes sur une lumière intemporelle.
A défaut donc de repères tangibles, le regard tente dans une première approche d’ordonnancer quelques volumes, ouvertures dans l’espace et lignes d’horizon, afin de percer cette géographie du songe ou de la mémoire, sachant d’instinct qu’une vérité s’y cache appartenant à l’intime de l’artiste : un vestige de présence ou une mémoire enfouie…

      L’analogie est saisissante entre Baltiques, cette série nouvelle de peintures, et les séries antérieures intitulées Le pont d’amour et Têtes métaphoriques présentées déjà à la galerie 379 en 2011 (voir article Le pont d’amour de Claudine Rémy). Celles-là étaient nourries d’images mentales au carrefour d’une nostalgie d’enfance vécue sur les rives des lacs vosgiens et de souvenirs maternels. On observait déjà dans ces œuvres le même phénomène de transmutation du paysage mémoriel en peinture : « Que cette Terre soit fleurie, meurtrie ou universelle, c’est l’obsession d’un chez-moi, d’une demeure, d’une âme sœur, d’une mémoire, d’un sentiment d’appartenance qui se révèle. J’habite dans mes peintures. Les peindre est une sortie. » (Cl. Rémy, extraits).

      Il s’agit de quête, cette fois encore, inspirée non pas de l’album familial mais puisée dans l’expérience vécue d’un voyage en Allemagne, dans la région côtière de la mer Baltique, sur les traces de son père qui fut prisonnier de guerre, là-bas, au camp de Torgelow, de 1940 à 1945. Il en revint, meurtri, mais parla très peu par la suite de cette expérience douloureuse.

      Sa fille artiste portait en elle ce mutisme comme une lointaine souffrance  et elle avait ce désir fort de retourner sur ses pas, tout là-haut vers le Nord. En 2017, elle a fait ce voyage;  elle a découvert sur place quelques rares vestiges du camp et un mémorial. Elle s’est immergée dans le paysage, esquissant de tout son être une commune réalité entre elle et son père. De retour à l’atelier, elle travailla une année à cette série de peintures, bardée de ses souvenirs, ses ressentis et de tous ses  croquis et repérages photographiques. Et comme enveloppée, imprégnée aussi de l’œuvre de Tomas Tranströmer, ce grand poète suédois maître de la métaphore, dont les écrits, explorant la splendeur de la nature nordique et notre relation intime avec le monde, ont, dit-elle, « cimenté » son travail de peintre.

      Le souvenir du père ressurgit dans ce patient ouvrage intime qui va au-devant de sa figure lointaine et absente dans l’empreinte de ses pas. C’est une expérience de décantation dont le peintre est le médium et la peinture un espace ouvert à toutes les expériences sensibles, pour faire affleurer à la surface du papier ces entrelacs de paysage vécu, d’imaginaire et de nostalgie profonde. La nature sauvage de la Baltique et ses lointains horizons englobent l’espace entier du cadre, tendu au bord du réel, au-delà de toute temporalité.
C’est un paysage que l’on devine ou qui se cherche peut être lui-même, gardant en son sein la figure emblématique du père, laissant apparaître où bon lui semble la trace de sa présence : dans l’évanescence d’une rive sablonneuse, en lisière de forêt ou au milieu des embruns, les bras en croix telle une « ancre confortablement enfouie« , celle-la même qu’évoque la poésie de Tomas Tranströmer.

les baltiques2

 


(*) Galerie 379, 379 avenue de la Libération, Nancy / Exposition jusqu’au 13 octobre 2018
Ouverture du mercredi au samedi de 17 à 19 h et sur RV : 06 87 60 82 94 / 06 83 09 58 13
http://claudineremypeintures.ultra-book.com/ 
Remerciements à Nicolette Humbert pour les photographies .   

Chambre d’ombre, de Patrick Jacques

Chambre d’ombre est un titre tout nimbé de mystère d’une exposition du photographe lorrain Patrick Jacques (*), présentée par la SAMM (**) à la médiathèque Victor Hugo de Saint-Dié-des-Vosges jusqu’au 24 décembre 2016. Un retour aux sources où il a grandi et a affirmé un talent reconnu dans le milieu photographique (Vis-à-Vis international, le Monde et Libération…), et présenté à plusieurs reprises sur les cimaises des Rencontres internationales de photos d’Arles. Auteur de nombreuses commandes et reportages en Lorraine, et pédagogue (il enseigne depuis vingt ans la photographie à l’Ecole supérieure d’arts de Lorraine d’Epinal), il affirme ici une fois de plus son intérêt pour toute forme d’approche expérimentale de la photographie. Au même titre qu’il avait, par exemple, participé à la réalisation d’un sténopé avec les élèves d’un lycée professionnel de Morhange en 2004-2006. Ici encore, en l’occurrence, ce versant de son œuvre singulière aurait pu avoir pour titre « aux sources du regard » car il en réfère à l’œuvre et expérimentations de pionniers de la photographie.

Patrick JACQUES, Mur carafe, photogramme, environ 40×40 cm.
Bas : Verre bille, photogramme, environ 28×40 cm. © P. Jacques

Ce présent travail est un retour jusqu’aux aux gestes fondateurs de l’artiste hongrois Moholy-Nagy ou du photographe Man Ray qui dans les années 1920 expérimentaient les techniques du photogramme. Soit donc, dans l’essence minimaliste du geste photographique l’exposition à la lumière d’un objet posé sur un papier sensible, sans recours à l’objectif d’un appareil photographique. Dans l’espace clos et noir du laboratoire, une image naît de la simple exposition d’objets à la lumière. Pas n’importe quels objets dans ce contexte précis : des objets de verre et de cristal car ce travail de laboratoire entrepris par Patrick Jacques est le dernier volet d’une restitution de résidence photographique (Le rayon verre) consacrée aux métiers du verre dans la région lorraine, initiée et portée par l’association Surface sensible. Par ailleurs, deux autres volets concernent, l’un, un travail en studio avec des modèles qui se cachent sous une plaque de verre ou bien jonglent avec des billes de verre (dont plusieurs clichés sont présentés ici dans l’exposition), et l’autre, une rencontre avec les verriers sur les quelques sites de fabrication, encore en activité ou en passe à l’oubli. Il en a observé dans les ateliers les techniques de fusion et de façonnage de la matière brute.

De l’art fascinant et magique du verrier aux spéculations du photographe se coltinant aux lois de la lumière, le lien est étroit. Et sans doute, dans l’œil du photographe, l’étincelle de mystère qui habitait les inventeurs des clichés- verre de l’école de Barbizon n’est pas éteinte : le même étonnement, la même appréhension de l’image qui surgit du néant… Car il n’y a pas d’art sans cette part de mystère que l’on redoute tout en le sollicitant.

Et la même chose vaut pour le regardeur passionné que je suis à ce vernissage d’exposition, qui découvre ces images énigmatiques en noir et blanc, au grain de peau si subtil qu’on le croirait né sous le berceau d’un graveur de manière noire. Des formes imprécises émergent d’un noir ou gris velouté, si imprécises que l’esprit n’a d’autre recours que de faire appel à ses propres ressources pour clore une interrogation inconfortable. Que représente cette image ? La proue d’un navire dans une nuit de tempête… ? Une fantasmagorie d’ombres chinoises…? Et l’on à peine à croire finalement que le sujet d’étude du photogramme est une simple cruche de verre métamorphosée sur le papier sensible par une intervention subtile et maîtrisée de la lumière.

C’est à ce bel échange que nous convient les photographies de Patrick Jacques. Ne les manquez pas…

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Patrick JACQUES, sans titre 1 / sans titre 2, photogramme, environ 40×60 cm. © P. Jacques

A noter que l’exposition s’accompagne de la publication du livre Chambre d’ombre. Sa grande qualité éditoriale présente en symbiose parfaite les photographies de Patrick Jacques avec une nouvelle de Julia Billet qui évoque une ville aux frontières de verre (livre dessiné par Cyril Dominger – Editions du Pourquoi pas, 88000 Epinal).
(*) Site internet de l’artiste : http://patjacklulu.wix.com/patrick-jacques
(**) SAMM, Société des Amis des Médiathèque et du Musée Pierre Noël, en partenariat avec la ville de Saint-Dié-des-Vosges. Son président est le critique d’art Pierre Van Tieghem, par ailleurs commissaire de l’exposition. Exposition Chambre d’ombre, de Patrick Jacques
Du 05 novembre au 24 décembre 2016
Médiathèque Victor Hugo, 11 rue Saint Charles, 88100 Saint-Dié-des-Vosges
Fermée dimanche et lundi / Tel 03 2951 60 40
Une rencontre entre Patrick Jacques et le public est prévue le samedi 10 décembre 2016 à 16 heures.

Jacques Koskowitz, la rigueur dans l’art

      Artiste lorrain, Jacques Koskowitz (1932-1997) a vécu quarante ans à Vandoeuvre. Sa ville lui rend aujourd’hui hommage en donnant son nom à la salle d’exposition de la Ferme du Charmois où une exposition de ses peintures, dessins et sculptures est présentée au public (*). C’est une opportunité trop rare de découvrir l’œuvre rigoureuse, multiforme et sans concession, à l’image de son auteur.

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Haut : Jacques KOSKOWITZ, « Café mon enfant », huile sur toile, 60×80 cm;
Cette peinture a le même titre que la biographie de JK dans laquelle il raconte son enfance dans le café de son père.
Bas : – Portrait de Jacques Koskowitz / personnage en carton peint, h.170 cm. © jc Taillandier
Portrait de Jeannine Rollot, huile sur toile, détail, vers 1970 / Personnage, carton, détail.©Blog les amis de JK.

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Les débuts
Pédagogue inspiré en lycée, école normale puis école des beaux-arts, il a transmis à de nombreux élèves sa vaste connaissance de l’art et au-delà, la culture de son époque. Insufflant savoir technique et vagabondage érudit parmi les grandes oeuvres du passé, il offrait à chaque étudiant plus qu’un savoir, il ouvrait le regard. En grand admirateur de Van Gogh, qu’il appelait fraternellement Vincent, il en lisait assidûment Les lettres à son frère Théo. Je dis fraternellement car il partageait sans doute intimement avec lui une précarité de vie teintée d’absolu dans une société qui ne reconnut pas son œuvre à sa juste valeur. Artiste à multiples facettes, il se tournera vers la production de films d’art pour FR3 consacrant des courts métrages à l’ensemble de ses pairs lorrains tels Ligier Richier, Georges de La Tour ou Claude le Lorrain, ou vers le décor de théâtre, ou la création d’affiches, la bande dessinée. Dès les années 60, il ne cessera de peindre, d’abord à la manière de Cézanne et Van Gogh,  pour aboutir dans les années 70 à une peinture très personnelle à la limite de l’abstraction, et avant un retour tardif au figuratif. Dès 1976 naîtront les Rouges Verts, ces clowns diaboliques et féroces créés avec son ami Michel Piotrkowski pour la troupe de théâtre « Piotr et Ko… et à la musique Bichou« .

      J’ai côtoyé et apprécié longtemps Jacques Koskowitz, cet homme secret et silencieux, voire taciturne, qui faisait partie du petit groupe d’artistes fondateurs de la galerie d’art contemporain associative Lillebonne de Nancy. Sa peinture violente et acérée, rigoureusement construite lui sortait du cœur comme un cri, éclaboussant à notre regard une colère et sans doute une douleur. Douleur née d’une enfance vécue pendant la guerre et l’Occupation,  et surtout générée de son sort d’appelé pendant la guerre d’Algérie. Par-delà l’apparence paisible de l’artiste, souriante et d’une humanité débordante, sa peinture en est paradoxalement sa face cachée qui braque en miroir la violence et la cruauté du monde. Terrible arme accusatrice que cette peinture ancrée dans son siècle, dans la lignée directe d’un Goya. Une violence sourde nourrit sa peinture et sa sculpture, mais qui ne s’installe jamais dans le confort d’un langage abouti. Il était ainsi, « Kosko », déroutant son fidèle public vers des voies inattendues, à la poursuite de territoires inexplorés, dont lui-seul en pressentait la cohérence. Il en fut ainsi de ses premiers portraits de pur classicisme des années 60, d’un figuratif évoluant progressivement vers l’abstraction avant un retour au figuratif. Son œuvre est une quête d’une vérité intime qui se joue des classifications esthétiques.

kosko51Haut : Jacques KOSKOWITZ, « paysage », huile sur toile, 80×33 cm, années 60.
Paysage ou portrait ? Une anamorphose présente un visage qui se desssine sur le paysage.© jc Taillandier
Bas : Sans titre, huile sur toile, 60×80 cm, vers 1970.©jm Dandoy

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       Dans une interview (La phrase et le reste, N°1, mars 1971) il questionne l’attirante blancheur de la toile encore vierge, avant le premier coup de pinceau qui scellera la rupture d’une harmonie préétablie, celle d’une lumière pure approchée par Malévitch et son carré blanc sur fond blanc… Absolu impossible de la peinture tout geste du peintre ne serait alors qu’une main tendue à « l’édification de la Règle parfaite ». Des plages de blanc surgissent dans la violence colorée de ses toiles, elles sont autant de trous d’air et de respiration dans l’échancrure des formes et la violence des couleurs.
Il mettra à contribution tout son vocabulaire plastique au service exclusif de cette vérité intime et fondamentale : violence du trait, du rythme, des lignes de force et des couleurs primaires qui transfigureront ces visages émaciés en masques ouverts à la béance du dedans, ou la frontière entre terre et ciel de ses paysages en geste rageur débarrassé de toute préoccupation du motif, impulsé du plus profond de son être. Ce geste qui strie l’espace, le lacère et le déchire est le geste fondateur du peintre solitaire, qui, comme il le citait lui-même « s’inscrit dans la durée, dans un travail en profondeur ».

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Jacques KOSKOWITZ, « tête de chien », h 40 cm / Boîte assemblage, carton, 25x30x25 cm.©jc Taillandier

      Ses personnages en carton ou bois, longilignes et colorés apparaissent dès 1976, sur la scène du théâtre, mais aussi en situation dans des lieux ouverts et quelquefois saugrenus. Hiératiques et froids, ils semblent tout droits sortis d’un univers de science-fiction, et sont acteurs muets d’un « théâtre de l’immobilité ». L’utilisation de la troisième dimension est récurrente dans son œuvre, à l’extrême enfermant ses personnages clownesques dans des espaces confinés, métaphore d’une télévision omniprésente condensant dans sa boîte noire la violence du monde et le formatage des têtes… Ce cri de révolte de l’art sort du cadre étroit de la peinture dont le langage exclusif serait désormais tenu  pour trop traditionnel et trop respectueux… Nous ne sommes plus dans l’exacerbation d’une révolte portée par l’expressionnisme des années 20. Ces personnages de carton sont bientôt rejoints par les Rouges-verts, deux clowns ricanants et cruels, émissaires du Mal dans un cirque de violence et de dérision. Ils sont les mutants agressifs des créatures burlesques  et diaboliques, les Pim Pam Poum, les Flash Gordon, les Pieds Nickelés qui peuplaient ses BD de jeunesse et l’enchantaient. Mais l’innocence a été perdue au contact de la cruauté du monde… Les Rouges-verts habiteront aussi sa peinture à la fin de sa vie, et leur humour grinçant peuplera surtout de nombreux dessins emplis de dérision cruelle et de désenchantement.


kosko81kosko91kosko121Jacques KOSKOWITZ, « Les Rouge-verts », dessins sur papier, 50×70 cm, années 80. ©jm Dandoy

      Plus qu’un peintre, Jacques Koskowitz était un plasticien. Il mettait à contribution de son message de révolte, toutes les ressources de la peinture, de la sculpture et du spectacle vivant, sans aucune concession aux modes. Nous pouvons sans doute parler à son propos de peinture tragique, d’une même peinture tragique qui animait Soutine, parce qu’elle traverse un temps tragique et que sa vie fut, elle-même, intimement traversée de tension et de désillusions.
Mais toutefois, l’optimisme n’y est pas absent. Le propos consiste à tenir tête, à dénoncer et à peindre encore, avec une foi inébranlable dans l’art. Il l’a écrit en ces mots :
« L’homme vieilli se refuserait de croire à l’incapacité qu’il serait de fixer la lumière intense qui, un court instant, d’une manière fulgurante avait ébloui le premier homme.
La dernière image qui nous reste de ce songe inconscient est celle de l’homme traçant l’ultime ligne du dessin. » (Jacques Koskowitz,  La phrase et le reste, hiver 1977)

(*) Exposition présentée du 19/09 au 13/10/2016 à la Ferme du Charmois de Vandoeuvre-lès-Nancy, et rendue possible par la collaboration et le prêt d’œuvres par la  famille et par les membres de l’Association des amis de Jacques Koskowitz.
Pour plus de renseignements sur l’artiste :
– Blog des amis de Jacques Koskowitz
– Blog Jean Michel Marche
– Association des Amis de Jacques Koskowitz,
14 rue du cheval blanc, 54000 Nancy, tel +33 (0)3 83 27 29 02.

3 Angles, regards sur le verre contemporain

      Dans la blancheur immaculée de ses trois salles d’exposition, c’est à une rencontre singulière que nous convie l’Espace d’art du Centre culturel Jacques Brel de Thionville. L’exposition collective 3 Angles présente trois approches de l’art contemporain autour du verre, en accueillant Yeun-Kyung Kim, Michèle Perozeni et Martine Luttringer. Trois artistes qui ont un lien étroit avec la Haute école des arts du Rhin de Strasbourg, puisque Michèle Perozeni y a été enseignante au sein du département verre, que Yeun-Kyung Kim lui a succédé et enseigne dans ce même atelier. Quant à Martine Luttringer, elle a fréquenté cette ancienne école des arts décoratifs en tant qu’élève pour devenir elle aussi enseignante en art appliqué auprès des élèves verriers à Sarrebourg.


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Yeun-Kyung KIM – Au fil du temps, cristal noir, fil, miroir, 2015
1000 roses en cristal noir – dimension du miroir : 40 plaques de 74,5 x 74,5 x 2 cm 
ci-dessous détail

       Le seuil d’entrée franchi, la configuration des lieux a l’aspect épuré d’une vaste chapelle blanche, tel un écrin auréolé de silence et de respect pour accueillir ce matériau mystérieux, modelé, trituré, soufflé par l’homme depuis le fond des âges. Il en a fait sa matière de prédilection pour traduire le trouble des sens, son regard métaphorique porté sur le monde ou plus intimement encore le dialogue qu’il entretient avec lui-même. Elle est là, je crois, cette étrangeté habitée par le verre : dans sa capacité à abolir le temps et porter témoignage archéologique de la puissance créatrice de l’homme depuis la préhistoire, et aussi d’offrir à notre regard présent sa texture fragile, transparente et impalpable, sensible à la lumière de l’instant. L’exposition apporte la démonstration du langage évolutif du verre à travers les œuvres récentes des trois artistes dont l’originalité de la démarche créatrice n’écarte pas un regard critique porté sur notre monde contemporain, qu’il soit dans le rapport de l’homme à son l’environnement, ou dans son rapport au temps ou à sa mémoire.

YKK2      « Au fil du temps » est le titre de la proposition plastique de Yeun-Kyung Kim : au premier regard, elle offre une vision métaphorique du temps à l’échelle astronomique, telle une nuée de météorites dans un espace-temps à multiples dimensions, exprimée par le miroir au sol qui renvoie la structure vers le haut. Le haut, certes, plutôt que le ciel tant ces centaines de structures semblent flotter en état d’apesanteur dans l’espace central de la galerie… Et puis on s’approche, pour distinguer alors en ces  masses sombres autant de roses de cristal noir en suspension, la tête pointée vers le bas, leurs tiges sont des fils transparents qui émergent du plafond en stries de lumière. Ces sculptures de verre se jouent des lois de la gravitation, énigmatiques par leur présence muette mais révélatrices d’un monde intérieur de l’artiste qui identifie ces roses à multitude de souvenirs et pensées liés à sa mère ou à sa famille vivant en Corée. Elles flottent dans la dimension du souvenir, immuables, impérissables, et gardent la fraîcheur de l’instant comme si le temps s’était arrêté. L’installation se transmue en autant de souvenirs dans le ciel de la mémoire, dans un va-et- vient poétique de reflets vers le miroir au sol autour duquel tout spectateur peut projeter ses propres fantasmagories.

3ANGLES3gauche : Michèle PEROZENIAprès-midi d’automne en Mauricie, cristal, hauteur 110 cm, année 2011 –
droit : Martine LUTTRINGERLarmes d’Afrique, verre et os, année 2015

      Il est aussi question de temps dans l’œuvre de Michèle Perozeni, d’un temps inexorable, mais qui pèse de tout son poids sur une nature instable. Le regard qu’elle porte sur une nature immense et conquise par l’homme délivre à ses œuvres une forte beauté poétique où se mêle un questionnement citoyen d’ordre environnemental et écologique. Ces sculptures de verre qu’elle présente ici sont nées d’un projet autour de l’Inlandsis, plus communément appelée calotte glacière. Fascinée par les terres arctiques, elle a trouvé en ces lieux immenses matière d’inspiration à des sculptures à la blancheur immuable. Blancheur qui concentre en elle toute la lumière de ses forêts ou de ses bois sculptés de caribous dans une éternité de verre et de glace, et en fige à jamais le souvenir nostalgique d’une nature vierge, manière de contrecarrer le temps qui passe inexorablement. Mais en même temps, nous savons tous que c’est l’affaire d’une tentative improbable. « Forêt improbable » est le titre donnée par l’artiste à l’une de ses sculptures : il est très peu de chance de retrouver une virginité des premiers âges, une forêt non souillée d’une main de l’homme avide de pétrole et de profit. Une autre trace inconsciente de lecture serait-elle aussi pertinente devant ces cornes d’animaux fréquentes dans l’art préhistorique, ces végétaux primitifs sertis de glace ? Ce serait celle d’une ancestrale pratique chamanique de relation archaïque avec les esprits de la nature. Citons l’artiste : « Mon univers est une page blanche, démesurée, désertique, âpre comme l’Arctique où se dissimule l’histoire de ces bois de l’humanité. Mon cercle polaire est peuplé de bois de cervidés dont la forme végétale à elle seule semble sortir de nulle part. Métaphores puissantes qui peuplent nos vies intérieures, un souffle silencieux au cœur. Autant de questionnements sur la dualité des rapports que l’homme entretient avec lui-même, la nature et les forces qui l’habitent. »


3ANGLES4Michèle PEROZENIForêt improbable  – cristal, longueur 120 cm, année 2011.

      Une approche toute aussi personnelle d’un rapport au temps habite l’œuvre peinte et sculptée de Martine Luttringer. Les dessins sur papier qu’elle présente en vis à vis de ses sculptures, frottis sur papier ou à la mine de plomb, sont des œuvres en soi. Dessins et sculptures prennent en compte une thématique propre à l’artiste dans tous ses travaux : des végétaux, cornes, ossement d’animaux, plumes, oiseaux, branchages… Le verre sculpté est le réceptacle de cet univers, qu’il environne de ses formes transparentes ou colorées, qu’il protège aussi de sa matière noble et lumineuse en gardien d’un territoire secret et d’un temps figé. On pourrait voir dans cette association d’éléments organiques ou d’histoire naturelle une nostalgie des cabinets de curiosités des siècles passés, collectionnant sang de dragon ou squelette de salamandre, mais il n’en est rien. S’il est une nostalgie à trouver dans cette œuvre, elle est ordre purement intime et supplée par une poésie de l’objet qui lui appartient en propre.  » Arpenter un territoire au rythme de la marche et des découvertes : voilà l’origine de mon travail. Mes peintures et mes sculptures sont des traces affectives, cérébrales, documentaires, infinitésimales. C’est l’émotion qui me guide dans cet aller-retour entre l’extérieur et l’intérieur de ma sculpture, entre rêve, désir et vestiges traces du temps. C’est l’horreur délicieuse d’Eros et Thanatos.  » écrit-elle… Ses œuvres habitent le territoire de la fantasmagorie, elles sont composées au gré de ses déambulations, de ses envies et de ses rêves.

3ANGLES6Martine LUTTRINGER – Ailes, verre, plumes, roche et fil, 2015.

      Cette exposition qui rassemblent trois artistes autour de verre contemporain,  présentée par Géneviève Jeandon, directrice du Centre Jacques Brel, est une réussite et une découverte. Ne la manquez pas.
À noter qu’elle fera place ensuite à une autre exposition importante qui présentera l’œuvre photographique de Sabine Weiss, invitée d’honneur dans ce même lieu dans le cadre décentralisé de la 19e Biennale Internationale de l’image de Nancy.

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gauche : Martine LUTTRINGERVanité emplumée, verre, os,plume et fil, hauteur 40 cm, année 2015.
droit : Michèle PEROZENIGlaciaire dérive – paraffine, année 2016.
3 ANGLES, regards sur le verre contemporain – Centre Jacques Brel, 7, place de la Gare, 57100 – Thionville
Exposition du 25 février au 23 avril 2016 du mardi au dimanche de 14 à 18 h. Fermée les 25, 26 et 27 mars.
www.centre-jacques-brel.com
Tel : 03 82 56 12 43
Source photo :  ©yeun kyung Kim / ©mperezoni / ©mluttringer

Maroc, la province de mes rêves de Dalila Alaoui

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       L’artiste Dalila Alaoui nous invite, dit-elle, à sa « quête dont les étapes ont constamment été guidées par le hasard et la coïncidence »… Ainsi définit-elle sous le titre La province de mes rêves la résidence-création présentée en Lorraine, sous deux abords différents, au cours de juillet 2015, d’abord au cœur du Saintois dans le Château-Musée de Thorey-Lyauthey,  puis à Espace d’art contemporain 379 de Nancy.  Ces deux étapes ponctuant en 2015 un parcours d’expositions plus vaste qui ne s’achèvera qu’à l’automne (*). La présentation des deux expositions lorraine s’affiche sous une belle cohérence enrichie de la présence de l’artiste sur les deux sites. Mais s’il est question bien sûr de hasard, inhérent à tout parcours de vie, j’en retiens surtout le guide de coïncidences heureuses dans la proposition de ces deux installations récentes ?

AAlaoui21A l’instar de toute démarche artistique, il est bien question ici de quête incessante de soi qui met en branle souvenirs d’enfance, réminiscences et fantasmes. Mais de son propre aveu, il n’est pas ici question de nostalgie, tant abondent en elle le pouvoir de l’imaginaire et du merveilleux qui transmuteront en images et objets une nécessité intime de se bâtir et se comprendre à partir de ses propres racines. Née de mère française et de père marocain, la quête de l’artiste y puise sa matière brute entre deux rivages et deux cultures si différents. Ce grand oeuvre s’abreuve à la construction intime d’une mémoire inconsciente ou pas qui, au gré de l’histoire ne fut pas avare d’échanges et de soubresauts. Un lien fort avec son travail (de mémoire) avait été dès 1990, à la maison de retraite où il s’était retiré, sa rencontre avec le photographe Jean Besancenot (1902-1992) qui avait collecté dans le Maroc des années 1930 croquis et photographies sur la thématique du costume et de la parure. Ils sont aujourd’hui témoignages précieux d’une époque. Ses images de femmes parées et colorées glanées lors de ses contacts auprès des ethnies arabe, berbère et juive sont pour Dalila Alaoui familières au Maroc fantasmé de son enfance.
Un autre lieu riche de sens qu’elle ne pouvait ignorer en Lorraine est le château du Maréchal Lyauthey à Thorey-Lyauthey. Résident général du protectorat français au Maroc dès 1912, le maréchal reste encore aujourd’hui une figure emblématique. Il fit de cette vaste demeure lorraine son « port d’attache » de 1925 jusqu’à sa mort en 1937, faisant revivre dans ses murs une parcelle d’histoire dont il est le symbole. C’est auprès de lui que Dalila Alaoui  emprunte une de ses citations à-propos de ce présent travail de mémoire et de retour sur soi : une province de mes rêves.

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(5 – 6)

      Proposant une oeuvre plastique sous le sceau de l’onirisme et de l’imaginaire, elle accapare les lieux pour, à son tour, les marquer de son empreinte. Dans les pas de Lyautey qui viscéralement de son vivant voulut transférer chez lui un univers marocain tant aimé qu’il avait dû quitter, elle y substitue son propre espace mental aux côtés des fantômes du maréchal et de la maréchale. Mais désormais hors du temps et à distance… « J’ai procédé comme si j’avais voulu extraire un bout de rêve à une réalité qui, elle, est parfois beaucoup moins engageante ».  Ce bout de rêve s’accroche en poussières d’étoiles d’or aux tentures derrière le buste d’albâtre du Maréchal, accroche son vol en impalpables étoffes soyeuses et voilages dans l’encadrement des hautes fenêtres ou sur les meubles, ou dans différents espaces intimes marqués encore de l’intimité de ses occupants… Telle une main caressante et intruse qui recouvre d’un voile diffus une réalité de vie domestique et tranquille endormie à jamais.

      L’imaginaire de l’artiste s’engouffre dans cette béance et trouble cette présence muette d’un autre espace-temps. Telle une bulle trop gorgée de souvenirs qui éclate, éclaboussant le décor de tant de réminiscences d’enfance : galop de cavaliers, perles, gants de soie, fines étoffes de femmes richement parées pour une cérémonie de mariage. Et dans la chambre de la Maréchale, aux côtés d’un croquis fantasmé de son visage, comme transfiguré par la main de Dalila Alaoui, un voile d’oubli s’accroche aux souvenirs photographiques d’une périlleuse mission d’infirmière volontaire dans le Maroc de l’année 1907 . Le tissu et le dessin sont les deux médiums de prédilection de l’artiste, étoffes et couleurs s’entremêlent en un patchwork de vies où l’imaginaire se déploie à la reconstruction d’une mémoire. Parsemés sur les divans, les coussins ouateux aux motifs peints et cousus sont les réceptacles idéaux de ce laboratoire intime, ces coussins « où nous posons nos têtes avant de nous abandonner aux rêves« .

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(7 à 10)
Dalila Alaoui – la province de mes rêvesannée 2015.
(1-2-5-6-7-8-9-10) : Installation I
, Château-Musée de Thorey-Lyautey
(3-4) : Installation II, Galerie 379, Nancy.
(*) La retraite sentimentale, Maison nationale des artistes, Nogent-sur-Marne, 2013
Entre nous, Le Maroc contemporain 2015, Institut du Monde Arabe, Paris
La province de mon rêve, Installation I, Château-Musée de Thorey-Lyautey,11 et 12 juillet 2015
La province de mon rêve, Installation II, Galerie 379, Nancy, 18 et 19 juillet 2015
Les Aumônières Contemporaines, Cathédrale St Pierre et St Paul de Troyes, 4 juin au 21 septembre 2015.
Coordonnées de l’artiste : dalila.alaoui@ic loud.com
Espace d’art contemporain 379, Nancy : association379@wanadoo.fr