Roland Grünberg, graveur et illustrateur

Roland Grünberg, Aux ouvertures de l’automne,
aquarelle et encre ,8 x 13 cm (1964)


Roland Grünberg, berceuse de la terre-mère, lithographie, 66 x 79 cm (1981)

L’homme de cendre et de lumière : ce fut un beau titre au fronton de l’exposition que consacra le Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle en 2018 au graveur et illustrateur Roland Grünberg, qui vient de s’éteindre à l’âge de 88 ans.
Artiste, homme aux talents multiples et au cœur de maints évènements culturels pendant plus de quatre décennies, il marquera de son empreinte Nancy qui fut sa ville d’attache, au gré de ses implications créatrices dans la cité ducale. La presse s’en est fait l’écho : aux côtés de Jack Lang dès 1963 lors du festival mondial de théâtre, dans l’effervescence du festival Nancy Jazz Pulsations en 1973 et années suivantes, et dès 1981, année fondatrice de la Biennale Internationale de l’Image de Nancy.
Cette exposition de 2018 fut un point d’orgue dans la rétrospective de sa carrière polymorphe, et la sélection de 150 œuvres parmi sa profusion créatrice de dessins, gravures affiches, photographies et décors ne fut pas aisée. Elle s’attacha bien sûr à décrire son implication pleine et entière à l’édition inaugurale du festival Nancy Jazz Pulsations, lui qui était homme d’images et passionné de jazz. Il fut le créateur de l’affiche, co-auteur du journal du festival, et même concepteur de chars de parade faits de grillage et papiers mâchés, qui défilèrent dans les rues de Nancy.

Ci-dessus : Portrait de Roland Grünberg, (Bibliothèques Universitaires de Lorraine – 2017)
Roland Grünberg, Projet de char pour la street-parade du Festival NJP 73,
crayon de couleur et stylo sur papier, acquisition Bibliothèques de Nancy.
Roland Grünberg, Portrait de Louis Armstrong, dessin encre sur papier,
acquisition Bibliothèques de Nancy.
Roland Grünberg, Comme un loup parmi les chiens, sérigraphie, 38 x 27,5 cm (2004)

L’exposition retraça le parcours humaniste de Roland Grünberg, né en 1933 à Strasbourg d’une famille juive originaire de Pologne qui dut se cacher pendant la guerre pour fuir les persécutions nazies. Grand voyageur, autodidacte et homme de cultures multiples, il suivit à Nancy le cursus de nombreux enseignements universitaires (lettres, sciences, sciences humaines et médecine, entre autres). Il intégra l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Nancy de 1957 à 1959, se consacra à l’enseignement avant d’exercer pleinement son art de graveur et d’illustrateur dont de nombreux musées gardent témoignage. Tout un savoir qu’il transmettait aussi par la voie des réseaux associatifs et congrès scientifiques. Réalisateur de décors et costumes, il était très impliqué dans le renouveau théâtral de Pologne des années 60 autour d’Adam Mickiewicz, dont il était l’ami. Nourri dès l’enfance de la culture juive et des folklores d’Europe centrale, il aimait en représenter ses penseurs et musiciens.

J’ai eu le plaisir de partager avec lui plusieurs expositions et travaux. Je garderai en mémoire l’accueil qu’il me réservait toujours dans son appartement-atelier du centre-ville. Une fois la porte d’entrée franchie, il convenait de suivre le sentier dégagé au sol entre un nombre infini de livres, feuillets, gravures et dessins, objets divers, marionnettes dont il était collectionneur avant de le rejoindre à sa table de travail, avec PC, double-écran… Et commençait le récit insatiable et passionnant de ses projets, et réflexions sur le monde.

Un monde personnel qu’il traduisait de son trait délié si caractéristique, nourri d’érudition, de symbolisme, de musique et de poésie, et de fantastique aussi qu’il enrichissait au prisme du monde animal et végétal. . Si proche en son essence de ces quelques mots reçus de Jean Cocteau depuis Marbella, dans une lettre datée de 1961, qu’il gardait précieusement : « Notre rôle consiste à consommer les noces du conscient et de l’inconscience d’où naissent les monstres délicieux de la poésie… »

Lui rendre hommage aujourd’hui, c’est accompagner ce texte de certaines gravures qu’il m’avait confiées, ou d’autres puisées sur le site Epitomé, qui présente un fin regard porté par l’équipe de la Bibliothèque Municipale de Nancy sur les œuvres de l’artiste acquises par la ville, enrichi d’un interview de l’artiste (*).

(*) epitome.hypotheses.org/author/amallick

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